Conférence a l'université de Maurice: Quelle stratégie en Afrique pour un petit état insulaire?

Pradeep Daby, Le Défi Media Group |

04 July 2017

Maurice peut-il, en ce moment, investir en Afrique ? Après avoir résisté à la crise dite des Subprimes en 2007-2008, est-il en mesure de résister à un autre choc économico-financier? Ce sont, entre autres, des questions posées vendredi 30 juin, à l’occasion de la clôture de la conférence internationale co-organisée par l’Université de Maurice et le Mauritius Research Council sur le thème ‘Mauritius after 50 years of Independence : Charting the way forward’.

C’est sans aucun doute la partie la plus intéressante de cette conférence, puisque les intervenants mauriciens du secteur privé ont livré le fond de leur pensée, à l’instar d’Afsar Ibrahim, Deputy Group Managing Partner de BDO ou de Jean Noël Humbert, Chief Corporate Affairs Officer d’Eclosia. Le premier, s’exprimant sur les rapports commerciaux de Maurice avec l’Afrique, fait observer que la plupart des hommes d’affaires mauriciens connaissent mal le continent africain, incapables de comprendre que l’Afrique est loin d’être un bloc monolithique.

« Nous avons un peu le nez dans le sable », fait valoir Afsar Ibrahim, s’agissant d’une quelconque stratégie destinée à conquérir le marché africain et tenant compte de la perte d’un certain nombre de filets protecteurs.

Le consultant déplore un certain état d’esprit qui prévaut à Maurice à l’égard du continent africain. Selon la seule décision concrète du gouvernement mauricien qui vaut d’être citée est l’ouverture d’une succursale de la State Bank à Nairobi. « Pour comprendre la complexité du marché africain, il faut aller en Afrique, mais on n’y est pas physiquement, et l’absence de logistiques en Afrique n’aide pas. Le business ‘Made in Africa’ est tellement différent du nôtre, le marché n’est pas le même. »  Afsar Ibrahim cite, en exemple, l’échec rencontré par les investisseurs partis au Mozambique lorsque l’État mauricien avait fait acquisition de 100 hectares de terres dans ce pays. « Les Mauriciens n’avaient aucune expertise dans l’exploitation de la terre et ne comprenaient pas la langue de ce pays, sans parler une certaine arrogance à l’égard de leurs habitants. »

Essoufflement

Le Chief Corporate Affairs Officer d’Eclosia, lui, fait valoir qu’il est grand temps pour la Smeda de revoir sa stratégie en matière de développement des PME. Jean Noël Humbert craint que le modèle de développement des PME soit arrivé à un stade d’essoufflement. En dépit du fait que le secteur privé reste le ‘main driver’ de notre économie, notre croissance, en-dessous de 5 % n’est pas de nature à créer des emplois. « 24% de nos jeunes sont sans emploi », dit-il.

S’agissant du projet de créer un Education Hub à Maurice, il fait observer que le secteur privé rencontre encore des obstacles pour accélérer le projet en raison des difficultés concernant la délivrance des visas et de l’hébergement des étudiants étrangers de la part du gouvernement mauricien. « Le gouvernement doit offrir plus de facilités en vue d’accélérer ce projet. »

Est-ce que la diversification de notre économie a-t-elle donné des résultats ? L’Executive Director du MRC, Arjoon Sudhoo, élaborant sur le projet d’économie bleue, fait porter le chapeau de son échec initial à Navin Ramgoolam qui aurait déclaré le projet réalisable.  « À cause de cela, on n’a jamais pu faire des études. Aujourd’hui, le projet a été relancé sous une autre appellation », dit-il.

Malgré les exemptions fiscales que Maurice offre à des entreprises étrangères pour investir à Maurice (dont le Film Rebate), celle-ci reste encore loin de rivaliser avec un pays comme Dubai dont les ressources sont illimitées. Melle Min Lee, Singapourienne de naissance et fondatrice de la société PlayMoolah, explique que son pays a misé énormément sur la formation et la discipline pour parvenir au stade de pays le plus développé en Asie du Sud-est, l’argent, indique-t-elle n’étant que la conséquence d’un processus qui trouve son origine dans la confiance mise en place par le gouvernement. « Il faut que ce sont des personnes de qualité et dynamiques qui soient impliquées dans de processus », indique Melle Min Lee, qui ajoute : « En fait, ce sont tous les citoyens du pays qui sont les acteurs de ce développement ».