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"Nous devons ouvrir davantage notre économie"

16 December 2016

Kovillina Durbarry, Enjeux |

Après une année forte en émotions à la fois sur les plans économique et politique, le "Deputy Managing Partner" de BDO, firmes d'experts-comptables, d'audit et de consulting, M. Afsar Ebrahim, se confie à Enjeux. A l'agenda : amélioration du climat des affaires, opportunités d'investissement dans la région et gestion du stress en entreprise.
 

2016 arrive à son terme. L'heure est au constat au bilan financier. Comment avez-vous vécu cette année?

2016 a été une année très riche, à la fois remplie d'excitation et de perturbations. Nous devons analyser la situation et nous concentrer sur tout ce qui'il y a eu de positif. D'un point de vue professionnel, 2016 est une année que j'ai appréciée car elle a apporté beaucoup de défis, à nos clients et à nous-mêmes. Avec le recul, je dois dire que nous avons relevé les défis et nous avons également renforcé nos compétences. Nous avons désormais une bonne plateforme et une équipe solide afin de mieux répondre aux besoins grandissants de nos clients. Le monde change. Avec Trump, le Brexit, Modi et Zuma, les affaires internationales sont imprévisibles. Quant aux perturbations, il y a une tendance croissante dans ce sens et "business as usual" est un leitmotiv qui ne tient plus. Je ne vois pas de mondialisation telle que nous la connaissons car il y a désormais une nouvelle tendance à être tournés vers le marché interne surtout dans des économies plus larges. Il y a une nouvelle vague d'opinions politiques extrêmes qui fait que des déclarations telles que "politiquement correct" sont désormais dépassées.

 

Quels sont les grands projets de BDO pour entamer l'année 2017, notamment avec l'annonce du Grand argentier de mettre en place un "Business Facilitation Bill"?

2017 sera une année stimulante pour BDO. Nous nous focalisons sur l'accroissement de nos services de conseil en priorisant nos clients et en les amenants au-delà de leurs frontières. Nous avons conclu un joint-venture avec BDO Afrique du Sud où nous sommes partenaires à part égale pour une plateforme de Conseil ayant pour but de deservir le marché africain. Cela donne une nouvelle dimension à BDO et nous suivrons notre mantra : Think of Doing Business in Africa, Think BDO. Nous travaillons également en étroite collaboration avec BDO Inde. De plus, nos services d'externalisation fonctionnent à plein régime et nous introduirons également de nouveaux services afin de mieux servir nos clients locaux et de leur permettre d'être encore plus compétitifs. Le "Business Facilitation Bill" va augmenter l'espace économique et accroître les opportunités de notre petit marché, ce qui nous aidera à grandir mais aussi à bien nous positionner.

 

"Nous avons tendance à attirer l'Investissement Etranger Direct (IED) mais nous n'avons pas le même focus sur la facilitation de l'investissement de la part du secteur privé. "

Justement, Maurice a subi une dégringolade de dix-sept places dans le classement "Ease of Doing Business 2017" de la Banque mondiale. Comment expliquez-vous cela? La dégringolade de Maurice dans ce classement a été par moment mal interprété. Je vois cela comme un signal de réveil qui donne à nos décideurs une opportunité de réévaluer l'environnement et de prendre les bonnes mesures. Le paysage mondial change rapidement et parfois il y a des opportunités qui se présentent sur une période relativement brève. Si nous ne les saisissons pas, ces opportunités seront perdues. Comme l'a dit Shakespeare dans Julius Caesar :

There is a tide in the affairs of men.
Which, taken at the flood, leads on to fortune;
Omitted, all the voyage pf their life
Is bound in shallows and in miseries.
On such a full sea are we now afloat,
And we must take the current when it serves,
Or lose our ventures.


Nous avons raté quelques opportunités dernièrement. Il y a un compromis entre ouvrir l'économie à travers l'Ease of doing business ou être des obsédés du contrôle. Nous avons encore un système administratif qui date des années 80 et nous sommes coincés quant à l'ouverture de l'économie vis-à-vis des étrangers.

 

BDO a récemment organisé un séminaire sur la gestion du stress en entreprise. Avec les frasques politiques internationales, l'on peut dire que le stress est monté d'un cran. Comment ce stress peut-il influer sur la performance financière d'une entreprise par exemple?

Avec le soutien de l'ancienne star de Manchester United, Gary Bailey et son épouse Michelle, une ancienne Miss Univers, nous avons organisé le séminaire intitulé "Success Under Pressure". Cela a été très révélateur car cela nous a fait prendre conscience que lorsque nous sommes au-devant de la scène, cela nous donne l'occasion de démontrer de quoi nous sommes capables. Cela nous donne l'opportunité de nous différencier des autres. Tout est une qustion de recadrage. Il faut savoir tourner cela à notre avantage. Lorsque nous changeons notre façon de penser, nous sortons facilement de notre zone de confort. Le but est de constament agrandir les barrières de notre zone de confort afin de nous donner plus d'espace afin de nous épanouir. Autrement, le stress apporte de la négativité. Par exemple, Gary Bailey démontre ses forces quand il empêche l'équipe adverse de marquer un but. Les joueurs de l'équipe adverse doivent tout faire afin de marquer des buts et un gardien de but qui stresse lorsque les joueurs de l'équipe adverse tirent sur son but ne sera jamais un bon gardien de but!

 

Vous êtes présents dans nombre de pays de l'océan Indien. Que pensez-vous des opportunités régionales du groupe?

BDO est présente dans les îles de l'ocean Indien à savoir les Seychelles, les Comores et Madagascar et par ailleurs BDO International a une forte présence aux Maldives, à la Réunion et at Sri Lanka. Chacun de ces pays a ses propres défis et ses opportunités. Le Sri Lanka est le moins connu à Maurice, mais est pourtant l'une des économies les plus performantes en Asie. Le Sri Lanka a parcouru beaucoup de chemin depuis la guerre civile. Il y a des compétences extraordinaires au Sri Lanka et il existe un traité fiscal de non double imposition (DTA) entre nos deux pays. Le Sri Lanka ressemble beaucoup à Maurice mais en plus grande taille. BDO Maurice est également présente au Kenya, en Tanzanie, en Uganda, au Rwanda et en Ethiopie. Ces marchés sont différents et offrent diffrérentes opportunités. 

 

Quels seraient, selon vous, les bons réflexes à adopter pour améliorer le climat des affaires à Maurice, compte tenu de la conjoncture économique et politique actuelle?

Afin d'assainir le climat des affaires, il faut qu'il y ait une approche plus amicale afin d'augmenter l'investissement de la part du secteur privé. Le nombre de lettres d'intention reçues récemment pour les "Smart Cities" est un bon début mais il y a encore du chemin à parcourir. Nous avons tendance à attirer l'Investissement Etranger Direct (IED) mais nous n'avons pas le même focus sur la facilitation de l'investissement de la part du secteur privé. Nous devons nous assurer que les institutions marchent correctement et que le climat s'améliorera. Il ne faut pas grand-chose pour que les choses changent. Nous devons davantage ouvrir notre économie dans le but d'attirer un plus grand nombre d'investisseurs et de professionnels et sommes toujours indécis sur ce sujet sensible.